La Reine Margot, Alexandre Dumas

Il n’est jamais trop tard pour bien faire et je ne regrette pas une seconde d’avoir choisi La Reine Margot  et non Les Trois mousquetaires  comme introduction à Alexandre Dumas père. J’espère avoir l’occasion de poursuivre la découverte des aventures des Valois dans la trilogie qui leur est consacrée, et donc lire La Dame de Monsoreau et Les Quarante-cinq. Pour quelqu’un qui n’aimait pas spécialement l’histoire à l’école, je pense avoir retenu plus d’éléments politiques de cette période grâce à cette lecture que dans le cadre de cours magistraux.

Le rythme effréné du récit et la prédominance des dialogues – à noter que Dumas a transformé La Reine Margot en pièce pour l’inauguration de son Théâtre Historique – en font un roman historique haletant et un pavé facile à avaler malgré ses 500 pages. L’intrigue est rocambolesque, mais comme d’habitude, je vais tenter au mieux de la résumer.

 

Un roman historique qui s’étend d’un mariage à un décès

La charmante Marguerite de Valois, que ses proches surnomment Margot, est la fille de la redoutable Catherine de Médicis et la sœur du roi Charles IX. Le récit s’ouvre sur son mariage avec le huguenot Henri de Bourbon, roi de Navarre. Les guerres de religions font rage dans toute l’Europe et cette union a pour but de sceller la paix entre les catholiques et les protestants.

Mais les jeux de regard pendant les noces ne trompent pas. La paix avec les huguenots est aussi factice que les liaisons séparées des deux époux sont réelles : Henri a pour maîtresse Mme de Sauve et Marguerite de Valois va tomber amoureuse du comte de la Mole, ce qui ne les empêche pas de s’allier dans leur quête commune du pouvoir.

Les trahisons d’un camp à l’autre font rage et le conflit atteint son apogée avec la célèbre nuit de la Saint-Barthélemy commanditée par Charles IX. Lorsque Margot apprend que la reine mère a pour dessein de faire assassiner le roi de Navarre, elle parvient à le sauver. Après le massacre, ce dernier se reconvertit au catholicisme.

Juste avant le massacre qui marquera à jamais l’Histoire de France, le comte de la Mole et Annibal de Coconnas débarquent en même temps de leur Province et font connaissance dans l’auberge de La Hurière. Mais la bonne camaraderie s’achève rapidement lorsque Coconnas apprend – avec la complicité de son aubergiste lui-aussi catholique – que son compagnon est un huguenot. Ils se font face pendant la nuit de la Saint-Barthélemy. Coconnas est soigné par Henriette de Nevers pendant sa convalescence tandis que Margot prend La Mole sous son aile et tombe amoureuse du jeune homme à l’allure si délicate. Suite à un duel de revanche entre Coconnas et La Mole, les deux gentilshommes frôlent la mort, mais La Mole se remet plus rapidement que son ennemi et jure de le sauver pour unir leurs destins à jamais.

En parallèle des velléités dissidentes protestantes que la Saint-Barthélemy n’a pas totalement matées, les deux frères de Charles IX – François le Duc d’Alençon et Henri le Duc d’Anjou – complotent pour accéder au trône. Le premier en tentant un faux pacte avec les protestants pour faire tomber le roi de Navarre, avec lequel son frère souverain s’est lié d’amitié depuis que celui-ci l’a sauvé d’une blessure survenue pendant une partie de chasse ; le second, fils préféré de la reine mère, en revenant de son trône de Pologne suite à des oracles de Catherine de Médicis, persuadé que son frère va bientôt mourir et annoncer devant les ambassadeurs la nomination du Duc d’Anjou à la couronne de France.

L’amitié entre Charles IX et celui qu’il appelle son frère tient, malgré les nombreuses manigances de Catherine de Médicis qui ne peut accepter que la couronne de France échappe aux Valois et pire, ne soit portée par un protestant. Après la tentative d’élimination de son genre avortée par sa fille, elle tente à plusieurs reprises de l’empoisonner, jusqu’à un échec fatal pour son fils puisque celui-ci avale par une succession de quiproquos le poison destiné à Henriot.

Au cours d’une partie de chasse organisée par Charles IX, ce dernier ressent les premiers symptômes de sa maladie mortelle et le camp des protestants – dirigé par De Mouy – organise la fuite du roi de Navarre et de son épouse. Malheureusement, le projet est avorté et Charles IX doit ordonner l’emprisonnement de son frère de cœur pour le protéger d’une nouvelle tentative d’assassinat, faisant croire ainsi qu’il soupçonne Henri de Bourbon d’être à l’origine de son empoisonnement, ce qui expliquerait cette volonté de fuir. Coconnas et La Mole, également de la partie, sont arrêtés pour complot contre le roi, torturés et finalement exécutés malgré la stratégie d’évasion mise en place par les maîtresses des deux amis. En effet, le roi confie à sa sœur croire en leur innocence, mais pour préserver la réputation du royaume de France, il ne peut révéler son empoisonnement et préfère mettre officiellement sa mort sur le compte de la prétendue magie noire exercée par les deux comparses.

« Le roi est mort ! Vive le roi ! ». Le duc d’Anjou revient de Pologne et Henri III succède à Charles IX. Craignant à juste titre de se faire assassiner, le futur Henri IV retourne alors dans sa Navarre avec sa loyale épouse en attendant que son tour arrive.

 

Un roman daventures

Comme je l’ai précisé d’emblée, ce roman est étonnamment accessible et se lit très vite. On doit cette fluidité à la prédominance du dialogue et aux descriptions limitées en nombre et en longueur. Elles se limitent au strict nécessaire pour la compréhension et la progression de l’intrigue, c’est-à-dire au Louvre, avec ses cabinets et passages secrets, aux rues de Paris et à la partie de chasse. Le rythme est haletant et l’humour efficace. Il est souvent noir de par la situation, avec par exemple un Charles IX qui fait des rimes dans un Chapitre intitulé « Un roi poète » juste avant de commanditer l’assassinat de l’amiral de Coligny qu’il appelle « mon père ».

Le rythme est donc soutenu et l’ennui n’atteint jamais le lecteur grâce aux revirements de situation permanents. Ainsi tout laisse à croire – même si nous sommes tous allés à l’école et savons qui a succédé à Charles IX – que le roi de Navarre régnera sur la France, tant il parvient à échapper aux mailles pourtant très étroites du filet de Catherine de Médicis. Elle veut le faire exécuter pendant la Saint-Barthélemy, sa femme lui interdit de sortir et il s’en sort. Elle tente de l’empoisonner via un produit de beauté sur le visage de sa dame d’honneur et maîtresse d’Henriot, Charlotte de Sauve. Rusé comme un renard – du moins c’est ce qu’il ressort du personnage – il décèle le piège. Elle réitère cette tentative par le biais d’un livre, mais l’objet tombe finalement entre les mains de Charles IX. Lorsqu’elle tente une dernière fois de le faire assassiner après la mort de son fils, c’est le fidèle De Mouy qui tombe à sa place. La poursuite acharnée d’Henri de Bourbon par Catherine de Médicis du début à la fin du roman rappelle avec ironie ces parties de chasse si bien décrites, à la différence que la chasse à la cour de Charles IX est fructueuse malgré la vaillance de l’animal porteuse de rebondissements.

Il en va de même pour les deux amis provinciaux qui finissent par se lier d’amitié. Le lecteur craint également, jusqu’au bout, que la liaison de La Mole avec une fille de France ne soit révélée.

Le jeu des alliances et fausses alliances – notamment les fausses allégeances des huguenots au catholicisme et au Duc d’Alençon – tient le lecteur en haleine puisqu’il le force à se concentrer pour ne pas perdre le fil de toutes ces intrigues dans l’intrigue.

Des hommes tout en nuances, des archétypes féminins

Dans La Reine Margot, les hommes trahissent pour leurs intérêts et aucun ne semble entièrement cruel et dépourvu de remords. Charles IX commandite la Saint-Barthélemy sous l’influence de sa mère et porte un amour sincère à une femme inconnue qui élève son bébé (cf. partie suivante), La Mole est délicat, Coconnas est brave et tonitruant, mais surtout un modèle de loyauté, à l’instar du protestant De Mouy, et enfin même le parfumeur de la reine mère est rongé par le remord quand il réalise les horreurs – notamment l’empoisonnement du roi – qu’elle lui fait faire.

En revanche, Catherine de Médicis est l’unique personnage qui ne connaît pas le remord ou la culpabilité. Intrigante, la Florentine pétrie de superstitions utilise volontiers la magie noire pour connaître l’avenir et son « parfumeur » devient son meilleur allié pour parvenir à ses fins.

Margot remplit quant à elle le célèbre rôle – idéalisé par hommes – de l’Amoureuse, avec sa grande confidente Henriette de Nevers. L’une cache La Mole pendant que l’autre fait de même avec Coconnas. Les deux femmes mariées sont prêtes à tout pour sauver leur amant, la reine Margot allant jusqu’à risquer son honneur. Elles échouent finalement et restent inconsolables après l’exécution des deux amis gentilshommes.

Il ne faut donc pas compter sur ce roman pour dépasser les stéréotypes féminins, avec la sorcière d’un côté et la sainte de l’autre. Car même si les actes de Margot pour protéger son époux sont mus par son ambition, sa loyauté à toute épreuve envers ce dernier et les risques inconsidérés qu’elle prend pour son amant en font une sorte de femme amoureuse idéale et profondément bonne.

 

Des pages émouvantes

Parmi les pages émouvantes de ce roman d’aventures, j’ai tout d’abord retenu la présentation par Charles IX à Henri IV de son enfant illégitime et de sa bien-aimée dans un modeste appartement près du Louvre. La visite ne prend que quelques pages, mais le véritable amour que porte le commanditaire de la Saint-Barthélemy à ces deux êtres dont il souhaite préserver l’innocence arrive comme une parenthèse de pureté – la femme apparaissant comme une sainte dans le regard de Charles IX – au milieu des trahisons, complots et bains de sang indissociables de l’exercice du pouvoir à cette époque.

Mais si l’amitié qui unit la reine Margot et à Henriette de Nevers donne lieu à des dialogues de femmes amoureuses, teintés de « midinettisme » gloussant, celle qui unit leurs deux amants est tout simplement la plus belle qu’il m’ait été donné de suivre en littérature. Arrivés à Paris en même temps, séparés par la religion puis réconciliés dans le frôlement de la mort et grâce à l’intervention de leurs maîtresses, l’expression « à la vie, à la mort » est à prendre au pied de la lettre pour qualifier leur lien. Si Coconnas échappe aux brodequins pendant la séance de la « question » grâce à une entente avec Caboche, le bourreau de Paris, La Mole n’a pas cette chance. Le corps détruit par la torture, il ne peut se lever, et donc s’enfuir de la chapelle avec son ami et leurs deux bienfaitrices qui ont mis en place ce projet. Coconnas prend alors la décision la plus bouleversante du roman : il refuse de suivre les deux femmes sans son ami, préférant encore aller à l’échafaud à ses côtés. La scène de l’exécution des jeunes gens au milieu de la foule hystérisée de Paris est la plus belle qui soit, inspirant la pitié face à une telle injustice sans toutefois virer dans le pathos. Pour preuve quelques extraits du chapitre « La place Saint-Jean-en-Grève »

p. 487 « la foule, pour plonger son regard avide jusqu’au fond de la voiture, se pressait, se haussait, se levait ; (…) satisfaite lorsqu’elle était parvenue à ne pas laisser vierges de son regard ces deux corps qui sortaient de la souffrance pour aller à la destruction. »

p. 489 « Puis, se baissant, il prit La Mole dans ses bras comme il eut fait d’un enfant »

La dignité de Coconnas face au peuple de Paris insultant le pauvre La Mole est inébranlable et sublime : p. 489 « tandis que La Mole serrait les mains de son ami, un sublime dédain éclatait sur la figure du Piémontais, qui, du haut du tombereau immonde, regardait la foule stupide comme il l’eût regardé d’un char triomphal. L’infortune avait fait son œuvre céleste, elle avait ennobli la figure de Coconnas, comme la mort allait diviniser son âme. »

Même Caboche verse une larme juste avant de couper la tête de La Mole !

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