Lolita, Vladimir Nabokov

Comment s’attaquer à un monument tel que Lolita ? Comment aborder un livre unanimement considéré comme un grand chef d’œuvre de la littérature du XXe siècle ? Sans doute en étant le plus sincère possible, même si cela ne suffit pas, et en refusant de se laisser intimider par le sulfureux qui entoure un livre et précède la découverte. Se concentrer sur l’œuvre et l’œuvre seule. Prendre des notes pendant la lecture pour ne rien perdre du récit.

Résumé

Le narrateur est un esthète qui n’a d’yeux que pour les nymphettes, des petites filles pré-pubères. Et quand Humbert Humbert l’Européen s’installe en Amérique pour gérer la fortune héritée de son défunt oncle, il tombe immédiatement amoureux de Lolita, la fille de sa logeuse. Or l’attirance est mutuelle. S’en suit un plan parfaitement orchestré et poussé par le précieux Mac Fatum, comprenez le hasard : notre esthète épouse la mère de celle qu’il aime, sa femme meurt dans un accident inespéré et il réussit à obtenir la garde de Lolita en se faisant passer pour son père. Le couple à la double identité part dans un road-trip à travers les États-Unis et alterne rapports sexuels et excursions touristiques entre deux disputes dans la voiture.

Après un bref retour à la sédentarité pour la scolarisation de la petite orpheline, le duo repart sur la route et les peurs de Humbert Humbert, que l’on image n’être que paranoïa puisant sa source dans la jalousie, s’avèrent justifiées : Lolita tombe malade et parvient à s’échapper lors de son séjour à l’hôpital. Le désespoir causé par la privation de l’être aimé ne fait qu’aggraver la folie du père-amant. Assoiffé de vengeance, il cherche pendant des années le responsable de la libération pourtant inévitable. Le « coupable » n’est autre que Clare Quilty, un double encore plus lubrique que le narrateur et avec lequel il a pourtant échangé lors de sa premiere nuit à l’hôtel avant la grande traversée de l’Amérique. Lorsqu’il finit par l’identifier, Humbert Humbert met non sans difficulté son plan à exécution et le tue par balle. Aucun suspense puisque le lecteur connaît le dénouement depuis le début du récit. Il sait que la voix narratrice écrit depuis sa cellule. Lolita ou l’histoire d’un assassin.

Un roman poussiéreux

Définition et tolérance plus restreintes de la pédophilie

Écrire, c’est faire la promesse de la sincérité. Il en va de même pour un blog, or la chose est d’autant plus aisée que ledit blog est plutôt « confidentiel ». Je respire donc un bon coup et assume : Lolita a mal vieilli. Un comble pour une séduisante nymphette. Commençons par l’aspect le moins important de mon propos : le thème. Tandis que les acteurs et autres hommes politiques riches et célèbres s’affichent toujours sans complexe au bras de jeunes femmes à peine majeures, l’imagerie pédophile commence à être dénoncée. C’est le cas de l’hyper sexualisation des pré-adolescentes dans les publicités – notamment dans la mode – et même de ces unions parfaitement légales mais symboles de plus en plus insupportables de la culture de la pédophilie qui régit les rapports hommes-femmes « depuis la nuit des temps gnia gnia gnia ». N’oublions pas que dans l’Histoire de France, les futures reines étaient parfois forcées d’épouser les rois avant la puberté. La pédophilie fait partie de nos culture et Histoire ; pourtant ces pratiques sont aujourd’hui à l’unanimité reconnues comme inacceptables, et ce jusque dans la loi. Rappelons-nous le récent débat sur l’âge légal du consentement sexuel. Mais encore une fois, là n’est pas l’essentiel.

Un point de vue narratif trop « en bloc », à la fois cynique et victimaire

Malgré mon dégoût à la lecture de certaines scènes, comme celle l’empoisonnement de Lolita pour mieux profiter d’elle pendant leur première nuit à l’hôtel, je ne porte aucun jugement moral sur l’ensemble du livre. Il ne s’agit pas de dire « C’est moche. C’est trop choquant. Je n’aime pas », mais de démontrer en quoi ce roman pourtant qualifié de chef d’œuvre par les spécialistes de la littérature n’a pas résisté à l’épreuve du temps. Cela arrive. Le nom de certains auteurs à succès du XIXe siècle ne nous dirait plus rien aujourd’hui. Ce n’est pas le cas de Lolita, toujours considéré comme un grand classique, mais les œuvres vieillissent parfois et l’appréciation – d’un point de vue strictement littéraire – de celles-ci évoluent avec les époques qu’elles traversent. Peut-être la nôtre a-t-elle trop vu passer et subi le cynisme pour ne pas être exaspérée par le ton du narrateur. Cette prétention à s’auto-proclamer poète victime de son amour fou et non simple pervers, ce désir assumé et sans la moindre once de culpabilité…Et si nous ne supportions plus cela ? Refusée par de la plupart des éditeurs et objet de scandale à sa sortie, il n’en est rien aujourd’hui. On a vu bien pire dans l’art. Et heureusement ! Mais il y a un mais…Notre société est certes plus habituée à la transgression dans l’art, mais c’est justement parce qu’elle en au vu d’autres qu’elle a re-vu à la hausse ses exigences en matière de traitement de l’immoral. Donc le cynisme absolu ne passe plus. Trop simple. Trop peu vecteur d’identification et d’empathie.

Un style…poussiéreux

Et enfin, le plus important. Le grand responsable de mon honteux déboulonnage de statue : le style. Terriblement poussiéreux, il n’a rien à voir avec une syntaxe complexe à la Proust et à laquelle je ne ferai jamais le même reproche. Des termes surannés apparaissent régulièrement, et même si j’adore enrichir mon vocabulaire en lisant des classiques, l’accumulation de mots plus vieillots que savants est fort désagréable. Bien évidemment, la différence est minime entre le style et ce que j’ai appelé le ton adopté par le narrateur. C’est donc ce mélange de cynisme sans nuance et de vocabulaire dépassé qui m’a laissé une forte impression générale de fadeur. Paradoxalement, compte tenu de l’intrigue extraordinaire.

2 réflexions sur “Lolita, Vladimir Nabokov

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