La maison des Hollandais, Ann Patchett

Encore un livre de Book Club. Heureusement que j’ai quitté ce nid à emmerdes pseudo-féministe mais qui donnerait raison aux pires clichés machistes sur les objectifs de vie des femmes et leurs comportements entre elles. Passons. Là n’est pas le propos ; la seule chose à retenir est que dans quelques chroniques, mes lectures seront des choix exclusivement personnels, les livres ne seront pas toujours écrits par des femmes ni anglophones. En attendant, et contrairement à celui Ma sœur, serial killeuse d’Oyinkan Braithwaite, le récit manquait terriblement de souffle.

Résumé

Le narrateur, Danny Conroy, a grandi avec sa grande sœur Maeve dans une imposante demeure de la banlieue de Philadelphie. Comme elle a appartenu à une riche famille hollandaise avant d’être rachetée par leurs parents, Elna et Cyril Conroy, elle est surnommée La maison des Hollandais. Si cette dernière a inspiré le titre du roman, c’est parce qu’elle symbolise pour le frère et la sœur toutes les obsessions du passé : ils ne cessent d’y retourner une fois adultes. Car ces deux êtres inséparables – tiens, tiens, une fratrie aux liens indéfectibles noués dans l’adversité, cela me rappelle quelque chose – sont englués dans leur enfance et les traumatismes subis. Et pour cause : Elna les a abandonnés alors que Danny était encore petit et leur père s’est remarié avec la jeune Andrea, qui emménage avec ses deux filles dans la maison des Hollandais. La belle-mère va peu à peu éloigner les enfants de son mari pour privilégier les siens ; sa fille occupe ainsi à temps complet la chambre de Maeve partie pour ses études. Et lorsque Cyril Conroy décède subitement quelques années plus tard, la marâtre parvient à expulser légalement ces deux indésirables de la maison de leur enfance.

Entre l’abandon de leur mère partie aider les pauvres en Inde et les terribles conséquences de la mort du père, ce roman nous raconte comment le narrateur et Maeve tentent de devenir adultes, avec pour seul et unique repère l’autre membre de la fratrie, et sans jamais vraiment se défaire de leur passé.

L’histoire de deux empotés de la vie

Le récit du point de vue d’un garçon tête à claques

Maeve et Danny sont des empotés de la vie, et c’est la raison pour laquelle ce récit m’a à la fois agacée et ennuyée, d’autant plus que le narrateur est clairement le pire des deux… Cet être émotionnellement pourri gâté par une grande sœur bien trop dévouée est pétri d’égoïsme, ce qui en fait un personnage masculin hautement caricatural. Pendant son enfance, deux domestiques – Sandy et Jocelyn – s’occupaient de la maison des Hollandais, et devinez quoi ? Danny ne s’aperçoit qu’à l’âge adulte que les deux femmes en question sont sœurs, alors même qu’il existe une ressemblance physique. Deuxième exemple : pendant ses études de médecine, sa petite amie se plie en quatre pour que la relation fonctionne. Quand, à juste titre, elle aborde le sujet de l’engagement, les pensées du jeune homme m’ont fait rire jaune : il voulait garder Mademoiselle sous le coude pour continuer à avoir des rapports sexuels réguliers et la question du mariage ne lui avait jamais effleuré l’esprit. Trop concentré sur sa carrière et la satisfaction de ses besoins animaux, il accepte finalement d’épouser celle pour qui le mariage avec un médecin constitue un plan de carrière. Voilà, voilà. Ann Patchett n’épargne pas Danny, et son égoïsme à l’œuvre tout au long du roman permet de pointer du doigt une apathie très masculine. Je ne sais pas si telle était l’intention de l’auteur, mais peu importe, retenir ce que je veux fait partie de mes prérogatives de lectrice.

Une sœur courage

Maeve est une femme brillante, douée pour les chiffres, mais elle se contente d’un modeste poste de comptable pour une PME du coin. Tant mieux pour le gérant de la PME, ceci dit. À aucun moment sa vie amoureuse n’est évoquée, encore moins son souhait ou son refus de devenir mère. Pourquoi faire, puisqu’elle occups déjà un rôle maternel vis-à-vis de Danny ? Atteinte d’un diabète assez grave, Maeve apparaît rapidement comme un personnage courageux plus préoccupée par le bonheur de son petit frère que par le sien. À aucun moment elle ne se plaint, et Dieu sait si elle aurait toutes les raisons du monde de le faire.

En plus de sa santé fragile et de ses malaises, il ne faut pas oublier qu’elle a bien connu sa mère, ce qui rend l’abandon plus douloureux. Or lorsque celle-ci réapparaît à New York pendant l’hospitalisation de sa fille, les deux femmes deviennent inséparables et passent leur temps à se remémorer les bons souvenirs. Danny est plus en retrait et s’étonne que sa sœur pardonne si facilement. Mais comme l’expliquent Sandy et Jocelyn – avec qui, oh surprise !, la fratrie est restée amie jusqu’au bout – Elna était une sainte. Elle a toujours détesté la maison des Hollandais, sans doute mal à l’aise à cause de sa somptuosité, et s’est sentie comme « appelée » à aider ceux qui sont véritablement dans le besoin. Maeve, qui – comme TOUTES les femmes du roman à l’exception d’Andrea – est dans l’abnégation, semble le concevoir et ne pas opposer le don de soi dont sa mère a fait preuve à l’abandon de ses propres enfants. Une décision que le lecteur finit lui-même par comprendre.

Ainsi cette jeune femme qui souffre physiquement, poursuit en quelque sorte l’œuvre de sa mère et représente une sainte elle aussi. À noter que l’omniprésence de Maeve dans la vie de son frère crée même des tensions avec l’épouse de celui-ci.

Le fils de son père

De la même manière que Maeve prend le chemin de sa mère, Danny ne parvient pas à trouver sa voie et imite le père. Depuis tout petit, il accompagnait Cyril, magnat de l’immobilier et bourreau de travail, dans le recouvrement des loyers pour les immeubles qu’il possédait. Il est bien précisé dans le roman que jamais ce rôle d’assistant improvisé n’a été proposé à la fille aînée. Ces tournées du samedi étaient devenues des moments père-fils privilégiés, des rituels de transmission comme il en existe dans toutes les familles. Or après des études de médecine terminées, un début de carrière prometteur et toute son énergie consacrée à ce sacerdoce, il se rend à l’évidence : sa passion est l’immobilier. Il a suivi le plan de sa sœur et terminé son cursus onéreux dans le seul but de vider le trust et de ne rien laisser aux filles d’Andrea. La révélation à sa vocation est progressive, mais ses grands coups sont décrits avec minutie et montrent à quel point il est le digne héritier de son père. Il commence ainsi par acheter de vieux immeubles du quartier ultra pauvre et dangereux de Harlem avant que celui-ci ne devienne l’endroit branché et assez cher de Manhattan qu’on connaît aujourd’hui. Ensuite, il deviendra richissime grâce à un gros projet de construction près du campus.

C’est long, mon Dieu que c’est long

La question essentielle posée dans ce roman pourrait se résumer ainsi : « Peut-on s’extirper de son passé et tracer son propre chemin ? ». La maison des Hollandais symbolise un lien douloureux au passé, à l’histoire familiale de nos deux protagonistes qui ne cessent d’y retourner à mesure que les années passent. Planqués dans la voiture bien évidemment conduite par Maeve, ils n’avancent pas et leurs séances d’espionnage nocturne durent des heures. L’image est parfaite ; ces deux êtres co-dépendants et empotés de la vie m’ont profondément agacée. Là où la sororité du précédent livre m’avait touchée, l’obsession du frère et de la sœur pour une vieille bâtisse a eu l’effet inverse. Avec la description interminable des premières pages lors de la première visite du couple Conroy, on comprend pourquoi Elna a préféré fuir cette maison angoissante. Pendant tout le livre, je m’entendais hurler « JUST MOVE THE F*** ON, GUYS! ».



8 réflexions sur “La maison des Hollandais, Ann Patchett

  1. christiane

    Un ton vif et impertinent. Lecture tonifiante de celle qui envoie balader son passé de critique trop sage, trop préoccupée par l’exactitude d’un compte-rendu exhaustif. C’est réjouissant, loin de la doxa.
    Ceci dit, mon chemin se dirige vers d’autres lectures en ce moment.
    Amitiés.

    Aimé par 1 personne

    1. Tu es quand même beaucoup trop fort. « Emprise » est exactement le mot. « Attirés », « aimantés » également. Je m’en veux de ne pas avoir décrit ainsi le rapport des personnages à la maison…Mais bon, je pense qu’on comprend tout de même cette notion à travers la chronique.

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  2. christiane

    Mes lectures ? Entre autres l’excellente contre-enquête de Philippe Jaenada dans « Au printemps des monstres ». Il excelle à comprendre chaque être aspiré par la mort du petit Luc Tarin, à dénoncer les emballements médiatiques, à accompagner la triste vie de Solange.
    Et tout au long de cette recherche, il parle de lui avec dérision.
    Et puis Tanguy Viel, lui aussi proche d’une jeune femme abusée par son patron et la lutte perdue d’avance du père.
    Voilà, deux étapes de mes lectures.
    Soleil Vert est très juste comme d’habitude.

    Aimé par 1 personne

      1. christiane

        Pour Tanguy Viel. C’est « La fille qu’on appelle » (Ed de Minuit). J’avais aimé « Paris-Brest ». Un écrivain dont l’écriture sobre me convient.
        Pour P.Jaenada, que je ne connaissais pas, une lecture attentive face à un texte profond qui lui a demandé quatre années de recherche et d’écriture. J’aime son positionnement face aux faits divers qui semblent répondre à la cruauté , au mal, à la misère.
        Mais P. Edel a raison. Merci de nous parler de ces auteurs méconnus et de le faire avec une plume savoureuse.

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