Le Maître et Marguerite, Mikhaïl Boulgakov

Du lourd. Du très lourd pour ma deuxième lecture Book Club de l’année, j’ai nommé Le Maître et Marguerite de Mikhaïl Boulgakov, le grand chef d’œuvre fantastico-politico-comique russe du XXe siècle. Long, complexe, avec foisonnement de personnages et imbrication d’intrigues, la chronique d’un tel monstre littéraire est ardue et le risque d’interprétations contradictoires ou d’extrapolation me guette. Le tout avec un souci de concision pour une œuvre de 576 pages.

Les nombreuses participantes russes ou d’origine russe pour cette session du Book Club m’ont fait comprendre bien des choses. Des éléments qui ne sont que vieux souvenirs d’école pour nous deviennent presque intuitifs – du moins évidents – pour ces jeunes femmes, même sans avoir connu l’Union soviétique.

Première partie

Moscou, fin d’après-midi au parc de l’Étang du Patriarche. Mikhaïl Alexandrovitch Berlioz, rédacteur en chef d’une revue littéraire influente et président du Massolit, association d’écrivains, s’entretient sur l’existence de Dieu avec le jeune poète Ivan Biezdomny. Un étranger très distingué du nom de W se mêle à la discussion. Il leur explique que non seulement Jésus a existé, mais qu’en plus de cela il était présent lors de son exécution. Le lecteur est ainsi plongé près de deux millénaires plus tôt, à l’époque de Jésus, de sa rencontre avec Ponce-Pilate jusqu’à sa longue agonie sur la croix avant la résurrection. Ce mouvement de va-et-vient d’un chapitre à l’autre entre le présent à Moscou et le temps de Jésus se poursuit tout au long du roman.

Pour leur prouver l’existence du diable, le professeur Woland prédit à Berlioz une mort par décapitation le soir-même. Quelques heures plus tard, l’homme de lettres se fait renverser par un tramway et Ivan Biezdomny voit sa tête rouler sur le quai. Il tente alors en vain d’arrêter Woland, désormais accompagné de l’excentrique Fagot et du pernicieux chat noir râleur Béhémoth. Le jeune poète parcourt la ville à la poursuite du diable et finit par se faire arrêter vêtu d’un caleçon et d’une chemise déchirée devant la maison Griboïedov, restaurant où se retrouve l’élite littéraire, puis enfermer dans un hôpital psychiatrique. Il y restera jusqu’à la fin du roman puisqu’il n’en démord pas : Berlioz a été tué par le diable.

Pendant toute cette première partie, le petit groupe, auquel s’ajoute le tueur roux Azazello, va faire disparaître un à un les membres du prestigieux milieu artistique moscovite. D’abord en s’installant dans le maudit appartement 50 où vivait Berlioz, puis lors d’un spectacle de magie noire. Parmi les victimes de la clique infernale, on peut citer :

  • Stepan Likhodieïev Bossoï, directeur du Théâtre des Variétés qui partageait l’appartement 50 avec Berlioz. Il perd connaissance et se retrouve à Yalta.
  • Nicanor Ivanovitch Bossoï, président de l’association des locataires. Il se retrouve face à une horde de moscovites souhaitant habiter l’appartement de Berlioz dont le cadavre est à peine froid. Il se rend sur les lieux et y trouve Koroviev (Fagot), ami de Woland. Il déclare que Woland est prêt à payer le prix fort pour vivre ici le temps de ses représentations de magie noire et remet à Nicanor deux invitations au spectacle ainsi qu’une liasse de billets. Mais une fois ce dernier rentré chez lui, Koroviev téléphone à la milice pour l’accuser de trafic de devises étrangères, indiquant même l’endroit où elles se cachent. L’innocent est arrêté.
  • Varienouka, employé Théâtre des Variétés, se fait tabasser par Azazello alors qu’il s’apprêtait à envoyer de l’argent à Stepan Likhodieïev pour financer son retour de Yalta. Une fille nue rousse le rejoint, c’est la sorcière Hella.
  • Bengalski, présentateur de la séance de magie noire au Théâtre des Variétés, se fait arracher la tête par Béhémoth. Celle-ci est ensuite reposée sur le corps du pauvre homme après que le public lui a pardonné ses faux-pas dans la présentation.
  • Arcadi Apollonovitch Simpleïaro, président de la Commission pour l’acoustique des théâtres de Moscou, hurle dans la salle que les tours doivent être dévoilés. Koroviev dévoile alors autre chose : ses infidélités et le nom de sa maîtresse. Il s’ensuit une double scène de ménage assez comique : de la part de sa femme, puis de sa nièce qui comprend, avec la révélation du nom de la maîtresse de son oncle, pourquoi elle n’a pas eu un rôle très convoité.
  • Stepanovitch, comptable du Théâtre des Variétés, se rend à la banque pour déposer les recettes de la fameuse soirée. Les chauffeurs de taxi n’acceptent aucun billet de 10 roubles car ils disparaissent, et Stepanovitch se fait arrêter à la banque car les roubles se sont transformés en devises étrangères.
  • Maximilien Andreïevitch Poplavski, l’oncle de Kiev de Berlioz, qui revient pour l’enterrement de son neveu, mais surtout pour sauter sur l’occasion immobilière. Menacé par la petite bande, il prend le premier train pour Kiev.

Une nuit, Ivan fait la connaissance du Maître qui rentre dans sa chambre par la fenêtre après avoir volé un trousseau de clés. Les deux hommes sont enfermés pour la même raison : Ponce-Pilate. Le lecteur comprend alors que les chapitres sur l’exécution de Jésus distillés jusque-là sont en fait des extraits du roman du Maître. Celui-ci raconte à Ivan la genèse de l’écriture. Alors qu’il vivait dans un petit appartement près de l’Arbat, il a fait la rencontre d’une femme mariée qui est devenue son grand amour. Marguerite l’encourageait chaque nuit dans l’écriture de son roman sur Ponce Pilate, le relisait sans cesse et, impressionnée, a rebaptisé son auteur « Maître ». Le manuscrit achevé, le Maître l’a présenté à un éditeur qui a refusé de prendre cette plaisanterie au sérieux. Les critiques ont repris des extraits dans la presse et se sont déchaînés, prévenant les lecteurs de l’éventuelle publication à venir d’un livre scandaleux sur Jésus. Le Maître a alors sombré dans une peur constante et dans un accès de désespoir, a brûlé son manuscrit dont Marguerite n’est parvenu qu’à sauver quelques feuillets. Elle aussi est tombée malade, et partie pour la mer Noire avec les dernières économies que son amant lui a laissées.

Deuxième partie

Dans cette partie plus lumineuse que la première, essentiellement kafkaïenne et brutale, Marguerite apparaît et joue un rôle prépondérant. Le temps a passé, mais une nuit, Marguerite rêve du Maître et reprend espoir en leur amour. Le lendemain, assise sur un banc dans un parc, le cortège funèbre de Berlioz passe sous ses yeux et Azazello l’aborde. Il lui remet un pot de crème dont elle devra s’enduire le corps le soir-même. Elle s’exécute une fois rentrée chez elle, perd dix ans sous l’effet du produit, et enjambe son balai pour survoler Moscou. Dans une scène mémorable, elle en profite pour se rendre dans l’appartement du critique Latounski, détruire ces lieux où il ne se trouve pas et même y provoquer un bon dégât des eaux. Avant de repartir, la gentille sorcière fait une halte pour rassurer un petit garçon de l’immeuble effrayé par les conséquences.

Au petit jour, Azazello l’emmène à l’appartement 50 où elle fait la connaissance de Fagot, puis de Béhémoth et Woland. On lui explique son rôle pendant le bal de Satan qui se tiendra la nuit même : elle sera en quelque sorte la maîtresse de cérémonie et devra saluer tous les invités de la même manière. Marguerite s’exécute et, tandis que Fagot reste à ses côtés pour lui présenter chacun d’entre eux, le flot d’invités l’épuise. Toutes les victimes de Satan sont présentes à ce bal interminable : de la tête de Berlioz avec laquelle s’entretien Woland au baron Meigel, faux guide de la Commission des spectacles chargé de faire visiter la ville à des étrangers et vrai espion. Il est tué lors du bal par Abadonna, un tueur aveugle engagé pour l’occasion. Il est toujours minuit.

Après cet épisode emblématique du roman, il est toujours minuit et Marguerite est retenue par le gang démoniaque à l’appartement 50. Woland lui accorde deux vœux, parmi lesquels la réapparition du Maître et un retour à une vie commune dans leur petit appartement. Le dénouement s’accélère aussi avec un certificat accordé à Nicanor Ivanovitch Bossoï pour l’innocenter. Varienouka veut quant à lui être libéré de la troupe infernale. Son vœu est également exaucé.

Dans une sorte d’épilogue aux disparitions domino de la première partie, tous les personnages du Théâtre des Variétés sont cités et leur situation s’arrange. Pour marquer ce retour à la normale, Béhémoth et Koroviev brûlent l’appartement 50, quartier général du Mal.

Mais ces deux personnages s’adonnent à quelques ultimes aventures avant de disparaître. Ainsi Béhémoth mange sans payer dans une épicerie, ce qui met un joyeux foutoir, avant de se rentre à Griboïedov avec son acolyte pour y mettre le feu.

Alors que, juchés sur une terrasse donnant sur toute la ville, Azazello et Woland constatent que le quartier général de la dictature des lettres est en flamme, les deux responsables les rejoignent et expliquent que c’était plus fort qu’eux. Mais Woland les congédie, leur mission à Moscou est terminée.

Azazello  quant à lui se rend chez le couple éponyme du roman. Tous les trois partent sur des chevaux après avoir fait leurs adieux à la ville. Woland les emmène sur la colline des moineaux, et tandis que Koroviev, Béhémoth et Azazello reprennent leur apparence d’origine – c’est la fin – Woland montre aux deux amants le Yeshoua souffrant sur la croix. Le Maître le libère, et par là se libère lui-même en tant qu’écrivain.

Critique de l’élite artistique (et) du régime

Je pense ne pas tomber dans l’extrapolation et trouver du sens là où il n’y en as pas forcément si j’affirme que Le Maître et Marguerite constitue une dénonciation du milieu littéraire moscovite, sinon une vengeance littéraire. En bon valet du régime soviétique, Berlioz est un athée convaincu et par sa décapitation, Satan alias Woland frappe fort en éliminant littéralement la tête de cette élite. Bulgakov écorche ce petit milieu d’artistes estampillés pro régime, avec leur restaurant, le meilleur de Moscou. Le portier se fait même tuer pour avoir laissé entrer Ivan Biezdomny en caleçon. Et lorsque cette partie émergée et prestigieuse de la nomenklatura attend son chef sans savoir qu’il vient de mourir, le Massolit critique celui-ci avant de déplorer l’attribution de villas aux généraux, et non à eux.

Les privilèges sont légion et ne font qu’alimenter la cupidité de ces nantis. Le vice de l’élite moscovite est ainsi illustré lorsque la bande infernale fait tomber des billets puis offre aux dames un petit tour de shopping gratuit lors de sa séance de magie noire au Théâtre des Variétés. Le tout dessine un gouffre par rapport au sort misérable de l’écrivain dissident incarné par le Maître, que le lecteur découvre seulement dans la deuxième partie, après avoir assisté aux disparitions en série de différents membres de ce milieu. La métaphore du théâtre n’est d’ailleurs pas anodine puisqu’on parle bien de « scène » littéraire et artistique. Alors autant secouer ce petit monde sur une vraie scène et dans la plus grande théâtralité, laquelle perdure jusqu’à la fin et explique les nombreuses représentations de ce roman.

Au-delà de la critique de ce milieu détestable, certains aspects du régime lui-même apparaissent en filigrane. Ainsi, cette fameuse ambiance kafkaïenne de la première partie n’est pas sans rappeler les disparitions inexpliquées propres aux régimes totalitaires. Le voisin ? Au goulag. Du jour au lendemain. Lorsque Woland exécute le vœu de Marguerite de retourner avec le Maître dans le sous-sol de la petite rue près de l’Arbat, le locataire qui occupe les lieux depuis atterrit avec un couvre-chef et une valise à la main. Il en ressort que sous la terreur soviétique, chacun avait toujours une valise de prête avec ses effets personnels essentiels en cas d’arrestation.

Autre exemple, la politique du logement sous l’Union soviétique était tellement contraignante que la population pratiquait massivement l’échange d’appartement, une pratique en réalité complexe car impliquant plusieurs foyers. Ces règles expliquent la promptitude de l’oncle de Kiev à se rendre aux funérailles de son neveu, comprendre…à récupérer un appartement à Moscou.

À noter également l’omniprésence de la dénonciation à la milice – ex : coup de fil de Koroviev concernant le trafic de devises de Nicanor – mais aussi la peur et le soupçon de l’étranger. La possession de devises étrangères conduit immédiatement à une arrestation et le diable se présente d’abord comme un étranger, ce qui éveille la plus grande méfiance chez ses deux interlocuteurs. De la même manière, Marguerite refuse d’abord de parler à Koroviev lors de leur rencontre en affirmant « ne pas parler aux étrangers ». Dans une dictature par définition repliée sur elle-même, tout ce qui vient de l’extérieur de ses frontières est hautement suspect. Car la figure de l’espion n’est jamais très loin, à l’instar du baron Meigel dont l’exécution pendant le bal est particulièrement sanglante et pour ainsi dire exemplaire.

Un roman fantastique qui s’articule autour d’une mise en abyme

Mais si Boulgakov critique le régime soviétique, et surtout décime son élite littéraire dans son roman, c’est évidemment parce qu’il a été le Maître. L’écriture de son chef d’œuvre s’étant étalée sur plus de dix ans, on peut dire qu’il a été en proie à des tourments comparables à ceux de son personnage. À noter aussi que le roman a été achevé par la femme de Boulgakov après sa mort, à l’instar de Marguerite et de son rôle fondamental dans l’écriture du manuscrit de son amant. Victime de censure à la publication du Maître et Marguerite, Bulgakov avait sans doute des comptes à régler, comme le montre le court passage où Marguerite plante ses ongles dans le visage d’Aloisius Mogarytch, le nouveau locataire de l’appartement du Maître et journaliste qui avait signalé le Maître pour possession de littérature illégale – comprenons « religieuse ». Ainsi l’édition du roman actuellement disponible en Russie date de…1989.

Le Maître et Marguerite est une transposition du mythe de Faust dans le Moscou des années 30. L’écrivain fait un pacte avec le diable pour se délivrer des souffrances de l’écriture. Ici, le Maître et donc la genèse de l’histoire de Ponce-Pilate – laquelle apparaît dès le début du roman – ne sont révélés que très tardivement dans le récit. Et avant cette révélation et toute la deuxième partie axée sur le Maître et Marguerite, une ambiance kafkaïenne règne sur Moscou. Frappés par la troupe de Satan sans le savoir, les individus ne comprennent rien à ce qui leur arrive. Ainsi Sephan téléphone à Rimski de chez lui à 11 :20 et lui envoie un télégramme de Yalta dix minutes plus tard, les billets de roubles volent dans la salle du Théâtre des Variétés avant de disparaître. Les nombreux personnages sont confrontés à des situations, en l’occurrence des disparitions, que la raison ne peut expliquer. D’où la métaphore de la magie noire servie sur un plateau sur la scène du Théâtre des Variétés. Or les citoyens soviétiques ont vécu ces disparitions soudaines pendant le régime communiste. Elles étaient parfaitement explicables et rationnelles dans un système dictatorial, mais leur soudaineté reste la même pour ses victimes. Ici, elles font partie d’un plan certes pensé par Woland – voir à la toute fin lorsqu’il remercie Béhémoth et Koroviev – mais qui n’en rend pas moins les hommes complètement fous devant l’arbitraire et l’inextricable apparents, tout comme les disparitions de citoyens soviétiques étaient l’œuvre d’un régime à la fois diabolique et athée.

Le fantastique de l’action à Moscou est souligné par un style léger, voire burlesque, et de nombreux dialogues. Soit l’opposé de la narration du récit parallèle qui se déroule à Jérusalem, plus grave, classique et sentencieux. Le malheur et la culpabilité pèsent à la lecture, tandis que les exécutions des moscovites amusent, surprennent tout au plus, mais ne sauraient angoisser le lecteur. En revanche, l’irréel de la mission de Woland et de sa troupe est traversé par des questions très concrètes et morales : l’écrivain contestataire incarné par le Maître se pose la question du bien et du mal, de l’injustice, tout comme le personnage de Ponce-Pilate, le double qu’il a lui-même créé. Tous deux sont tourmentés par la mort de Jésus et l’injustice qu’elle représente. Le procurateur romain se sent coupable jusqu’au bout de la mort de Yeshoua, mais une forme de rédemption semble possible grâce au meurtre de l’homme soupçonné d’avoir dénoncé le martyre. De la même manière, le Maître trouve sa rédemption et réussit à terminer son œuvre sans tourments après avoir conclu un pacte avec le diable.

Or on peut résoudre le paradoxe faustien – la rédemption par le diable – si on regarde ce personnage de Woland de plus près. Comme le dit bien Mick Jagger dans Sympathy for the Devil, on est loin des représentations répugnantes de monstre à queue : « I’m a man of wealth and taste ». Ivan et Berlioz sont effectivement rejoint par un homme cultivé et très élégant, ce qui brouille déjà les pistes quant à l’incarnation du mal. L’épitaphe tirée du Faust de Goethe annonce déjà la fin heureuse pour l’écrivain : « Je suis celui qui veut éternellement le mal mais toujours fait le bien ». Dans une théâtralité fantastique, il chamboule avec l’humour de l’absurde – notamment par le biais de Fagot et Béhémoth – la société moscovite engluée dans ses calculs et sa rationalité. Et puis comment ressentir la moindre compassion pour les personnages qu’il malmène ? D’autant plus que seules l’autorité – la tête de Berlioz – et la trahison – le baron Meigel et l’ennemi de Jésus – sont effectivement exécutées.

12 réflexions sur “Le Maître et Marguerite, Mikhaïl Boulgakov

  1. christiane

    Quelle surprise ! Bonne idée d’avoir orienté vers votre blog par ce lien. Ainsi vous l’avez lu et décortiqué comme on le fait d’une noix, cerneau après cerneau. L’analyse et les hypothèses que vous faites sont lumineuses. J’ai tenté, avec moins d’aisance, au fil de ma lecture de prendre des notes, de bâtir une cohérence à ce roman touffu, monstrueux. J’ai eu envie de l’abandonner et puis j’y retournais. C’est le roman le plus usant, le plus déconcertant que j’ai lu.
    Votre clé, vos clés le dissèquent magistralement et pourtant je regrette, et c’est absurde, le temps de lecture où j’étais comme plongée dans un maelstrom, un peu comme face aux encres obscures de Victor Hugo : des gouffres, des béances, un embrasement de données contradictoires.. Les vues partielles échouent devant l’énormité poétique, lyrique et visionnaire de ce roman noir, terriblement noir, exubérant, écumant, excessif. Une sorte de démence d’écrivain.
    Oui, Ed, livre fermé, analyse brillante, lue, j’ai la nostalgie de l’obscure mouvance du « Maître et Marguerite ». Peut-être êtes-vous la plongeuse qui est allée le plus loin… J’ai plongé, aussi, mais prise par l’ivresse des profondeurs, je crois que je n’en suis jamais revenue… Ce roman de Boulgakov palpite dans les ténèbres de sa longue gestation et continue de leur appartenir. J’imagine l’écrivain dans cette fournaise de mots, d’actions, écrivant et écrivant encore…
    J’aime la chute de votre étincelant billet :  » L’épitaphe tirée du Faust de Goethe annonce déjà la fin heureuse pour l’écrivain : « Je suis celui qui veut éternellement le mal mais toujours fait le bien ». Comme si au-delà de l’analyse politique on revenait à la présence énigmatique de l’homme sur cette terre, si souvent incohérent et fascinant. « C’est au-dedans de soi qu’il faut regarder le dehors » écrivait Victor Hugo, cet autre homme-océan, dans « Choses vues »…
    Bravo, Ed. Somptueux !

    Aimé par 1 personne

    1. Merci beaucoup christiane. Vous dites « c’est le roman le plus usant, le plus déconcertant que j’ai lu ». Pour une grande lectrice comme vous, ce n’est pas peu dire, et je vous crois volontiers ! Mais l’analyse de ce pavé a été un moment passionnant pour moi.

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  2. JC.....

    Beau travail, Ed !
    Compliments d’un lecteur ayant oublié* toute cette folie russe, lue il y a si longtemps déjà …
    Merci !
    * ……excusable ! Qui se souvient de toutes les gouttes de chacune des douches prises ?…

    Aimé par 1 personne

      1. JC.....

        Exactement !
        Un rafraîchissement bien agréable pour la mémoire délicieusement encombrée d’un paresseux dynamique, méditerranéen infiniment curieux de tout mais léger en archivage littéraire…

        Aimé par 1 personne

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